publié le 18 avril 2012
Mes chers compatriotes,
Chers amis Français de l’Etranger,
Il y a quelques jours, j’ai souhaité partager avec l’ensemble des Français ma vision pour la France pour les cinq années à venir. J’ai souhaité m’adresser à vous dans une lettre car l’écrit reste, l’écrit engage.
Vous avez reçu cette lettre car vous êtes partie intégrante de la Nation française et que je mesure à quel point, même au bout du monde, vous restez profondément attachés à notre beau pays. Son sort, je le sais, ne vous est pas indifférent.
Vous avez emporté avec vous une part de cette France à laquelle nous sommes tous viscéralement attachés et de l’extérieur, vous réalisez sans doute mieux que quiconque le besoin d’une France forte dans le monde.
Si je souhaite m’adresser à vous plus particulièrement aujourd’hui, c’est afin d’aborder les questions qui vous concernent plus spécifiquement, et de partager avec vous la direction que je souhaite donner à mon action pour vous, Français qui vivez à l’étranger.
Vous le savez, depuis cinq ans, j’ai eu à coeur de tenir les promesses que j’avais faites à destination de la communauté française résidant hors de France et je souhaite poursuivre cette action.
C’est en allant à votre rencontre à l’occasion de la centaine de déplacements que j’ai effectués à l’étranger et au cours desquels j’ai entendu vos préoccupations et vos attentes, que s’est forgée ma conviction de ce que doit être cette action pour les cinq ans à venir.
La première de mes priorités a été et demeure l’accès à l’enseignement français à l’étranger, parce que quoi de plus normal lorsque l’on est loin de son pays, que de vouloir que ses enfants bénéficient de l’enseignement français qui est l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde ? Quoi de plus naturel que de vouloir que ses enfants deviennent à leur tour les dépositaires de nos valeurs et de notre belle culture ?
Depuis 2007, et comme je m’y étais engagé, nous avons mis en oeuvre la prise en charge des frais de scolarité car je souhaite que chaque enfant Français puisse accéder à un enseignement français de qualité, y compris à l’étranger, et ce, au nom du principe d’égalité auquel je suis profondément attaché. Je veux que vos enfants aient les mêmes chances que les enfants de métropole. Cette prise en charge, nous l’avons mise en oeuvre de manière progressive, afin de concilier cet important effort de la Nation avec nos impératifs de réduction de nos déficits. Nous avons commencé par la classe de Terminale qui est la plus onéreuse, et l’avons étendu aux classes de Première et de Seconde. Parallèlement à la prise en charge, les dotations pour les bourses scolaires ont été doublées en cinq ans et 20% d’élèves en plus ont pu en bénéficier.
Je le mesure, l’accès à l’éducation française à l’étranger est encore difficile pour bon nombre d’entre vous et demeure pour beaucoup un sujet d’inquiétude. Soyez-en assurés, ma détermination à garantir à terme une égalité d’accès aux établissements français à l’étranger est intacte.
Aussi, dès l’année 2013, nous poursuivrons la prise en charge des frais de scolarité et nous l’étendrons progressivement aux classes de collège.
Je refuse catégoriquement de revenir à un système qui reposerait uniquement sur les bourses scolaires car ce système reviendrait à sacrifier l’éducation des enfants des classes moyennes, qui seraient toujours trop riches pour bénéficier des bourses et toujours trop pauvres pour pouvoir scolariser leurs enfants dans les lycées français.
Je souhaite aussi augmenter les capacités et la qualité d’accueil de nos établissements français à l’étranger, en poursuivant notre ambitieux programme de modernisation des bâtiments existants et de développement de notre parc immobilier scolaire à l’étranger.
Mes chers compatriotes,
Vous souffrez parfois d’être caricaturés par ceux qui vous décrivent comme des privilégiés, sans prendre en compte la diversité des situations qui sont les vôtres, ou qui vous assimilent à des exilés fiscaux.
Je veux vous dire que dans mon esprit, il n’y a aucun amalgame entre la très grande majorité d’entre vous qui avez tenté l’aventure de l’expatriation et qui vivez et travaillez à l’étranger et ceux qui partent pour le seul motif d’échapper à l’impôt.
C’est parce que j’opère cette distinction que je me suis opposé à la double imposition des Français de l’étranger souhaitée par le Parti socialiste, qui aurait concerné tous les Français de l’étranger et dont l’assiette aurait été l’ensemble de vos revenus.
C’est également pour cette raison que je me suis opposé à la taxation supplémentaire sur les résidences secondaires des non-résidents. La résidence que vous conservez en France est souvent votre seul point d’ancrage avec notre pays. J’ai souhaité que vous puissiez conserver ce lien et cet ancrage avec la France, sans avoir à supporter le poids d’une fiscalité additionnelle.
Vous le savez, j’ai récemment annoncé la création d’une taxe destinée à décourager l’exil fiscal.
Etre Français ouvre de nombreux droits qui doivent être la contrepartie de devoirs. A l’heure où la France doit réaliser d’importants efforts budgétaires, et à l’heure aussi où nous devons réaffirmer les valeurs de la responsabilité, il m’a semblé juste que ceux de nos compatriotes qui ont quitté la France à seule fin d’échapper aux impôts dont ils sont redevables en tant que citoyen français, s’acquittent de la différence entre ce qu’ils auraient dû payer en impôt sur les revenus du capital en France et ce qu’ils paient dans leur pays de résidence.
Ceux d’entre vous qui travaillent à l’étranger pour une entreprise française ou étrangère ou qui ont créé une entreprise à l’étranger ou qui représentent notre pays dans différentes missions publiques ne seront pas concernés par cette taxe. Vous participez au rayonnement de la France à l’étranger et je refuse que l’on touche à votre statut fiscal : les revenus de votre travail ou de votre patrimoine professionnel ne seront pas imposés en France. Par ailleurs, la taxe sur l’exil fiscal ne commencera qu’à partir d’un certain montant de revenus du capital afin de ne pas pénaliser les placements légitimes que vous avez effectués à l’étranger.
Au cours des cinq années à venir, je souhaite continuer à agir afin d’améliorer votre quotidien et vous permettre de maintenir un lien fort entre la France et vous.
Lors de mes déplacements à l’étranger, j’ai pris toute la mesure des lourdeurs administratives auxquelles vous êtes souvent confrontés, que ce soit au moment du départ, une fois à l’étranger, ou au moment de votre retour en France.
C’est la raison pour laquelle nous avons engagé ces dernières années un effort de simplification administrative sans précédent. Le lancement du portail monconsulat.fr fin 2011 en constitue un excellent exemple puisqu’il permet d’effectuer en ligne certaines formalités administratives et de gérer à distance son dossier consulaire. Cela règle d’un même mouvement le problème de la distance qui vous sépare souvent du premier consulat.
Aujourd’hui, je souhaite poursuivre et intensifier l’effort de simplification et de facilitation de vos démarches administratives, en développant la présence consulaire à distance, afin que l’accès à un service public de qualité soit garanti où que vous vous trouviez dans le monde.
Parallèlement à cette simplification administrative, nous avons engagé le redéploiement de notre réseau consulaire qui est le deuxième réseau consulaire du monde après les Etats-Unis. Nous l’avons engagé afin de répondre aux exigences d’une communauté française en perpétuelle évolution. Nous avons fermé des consulats pour en ouvrir d’autres dans des régions du monde qui en avaient davantage besoin, notamment dans les régions reculées du monde, ou celles où la croissance de la communauté française le nécessitait. Ce redéploiement, couplé avec la possibilité d’effectuer ses démarches par Internet est la condition du maintien d’un réseau moderne et adapté aux besoins de la communauté française hors de France.
Au-delà des démarches effectuées depuis l’étranger, je sais qu’il existe une réelle attente afin que soit mis en place un accompagnement au départ ainsi qu’une aide au retour. Il arrive souvent que vous vous sentiez découragés face à l’ampleur des démarches à effectuer pour rentrer dans votre propre pays. Je veux changer cela, car la France a besoin de votre énergie.
Pour cela, je souhaite la mise en place dès cette année d’un véritable service public d’accompagnement de l’expatriation et du retour en France afin de garantir à chacun un soutien adapté dans ses démarches administratives.
Vivre à l’étranger, c’est aussi être confronté à des situations parfois très difficiles, notamment en cas de divorce, lorsque la question de la garde de l’enfant est posée. J’ai eu connaissance de certains déchirements familiaux extrêmement pénibles, de parents français à qui on refuse l’accès à leur enfant, ce qui est humainement intolérable.
Aussi, je souhaite confier au Secrétariat d’Etat aux Français de l’Etranger la tâche de regarder chacune de ses situations individuelles afin d’y apporter une solution appropriée, d’analyser les conventions existantes pour que des réponses durables puissent être trouvées partout où cela sera nécessaire.
Enfin, je souhaite que, quel que soit le pays dans lequel vous vous trouvez, vous puissiez garder le lien avec la France, la France qui est votre pays et dont vous êtes les enfants, au même titre que les Français de métropole et d’outre-mer. J’en ai conscience : ce n’est pas parce que vous êtes à l’étranger que vous avez cessé de vous intéresser à la France, à ce qui s’y passe, à ce qui s’y dit, avec parfois la frustration de ne pas pouvoir pleinement en suivre l’actualité et l’évolution.
C’est pourquoi, en complément de la mise en oeuvre de la réforme de l’audiovisuel extérieur français, je souhaite développer des formules souples de partenariats publics/privés, c’est-à-dire entre l’Etat et les opérateurs privés, pour que l’accès aux chaînes françaises de télévision ou le visionnage de programmes français sur internet soient développés partout où cela sera possible.
Ma conception de la France forte, c’est aussi la France forte dans la mondialisation du commerce, une France compétitive. Dans cette compétition internationale sans précédent, nous avons un atout spécifique, celui de la passerelle créée entre les pays grâce à la francophonie. Je souhaite que notre pays s’appuie sur un réseau économique mondial de la francophonie.
La langue française est notre trésor commun. Un trésor que nous devons préserver, et je veux saluer à ce titre le travail des écoles françaises, des alliances et instituts français, des chambres de commerce, des universités, des enseignants et des chercheurs qui font rayonner au quotidien la francophonie partout dans le monde.
Au cours de ce quinquennat, j’ai soutenu l’Organisation Internationale de la Francophonie dans toutes ses actions en faveur du rayonnement de la langue française dans le monde et la France a mis à sa disposition un nouveau siège moderne en plein coeur de Paris où tous les opérateurs de la francophonie sont désormais regroupés en un seul lieu.
J’ai également souhaité la création de l’Institut français pour assurer la pérennité du financement et la qualité de notre action culturelle. La réforme prendra toute son ampleur dans les cinq prochaines années et doit conduire à élargir l’offre culturelle française dans le monde. C’est une grande ambition, qui est à la hauteur de nos partenaires étrangers mais aussi, je le sais, des vôtres et de l’ensemble des créateurs français qui auront ainsi une chance d’accéder à un public plus large.
J’ai enfin obtenu de moderniser les sommets de la francophonie. En 2008 puis en 2010, les membres de la francophonie, qui représentent plus du tiers des membres des Nations Unies, ont pour la première fois, pris des positions communes sur les grandes affaires du monde, comme la crise financière, la crise climatique ou le développement.
Je propose que ces sommets de la francophonie soient désormais précédés d’un sommet des affaires francophones, qui rendra compte de ses travaux aux chefs d’états et de gouvernement.
Le français doit être une langue d’avenir, une langue des affaires, une langue qui fédère les énergies et les initiatives. Les francophones sont présents partout dans le monde des affaires mais sont souvent isolés, disséminés aux quatre coins du monde. Je veux les rassembler, les faire interagir, les faire dialoguer.
Ces sommets ont vocation à être le point d’orgue de la mobilisation des réseaux économiques francophones dont j’appelle la constitution.
Car je souhaite aller plus loin en encourageant, dans le sillage de ce sommet des affaires francophones, la création d’un vaste réseau rassemblant l’ensemble des acteurs de la francophonie dans le monde, investisseurs, entrepreneurs, chercheurs, Prix Nobel, organisations de la société civile…
J’y vois un moyen de nous rendre plus compétitifs et de constituer une masse critique économique qui génèrera plus de débouchés pour notre commerce extérieur et qui, plus largement, facilitera les échanges. J’y vois un moyen de dynamiser le vivier des PME, en France et dans l’ensemble des pays francophones en les faisant interagir. J’y vois un moyen de mettre en lien ceux qui ont les idées et ceux qui peuvent les financer, j’y vois un moyen d’encourager les initiatives et l’innovation. Je l’ai dit, je veux des Steve Jobs français. J’y vois l’occasion d’agir sur l’emploi en mettant en lien les entreprises qui cherchent à recruter des francophones dans un secteur donné et les demandeurs d’emploi qui correspondent à ces profils. J’y vois enfin un moyen, non seulement de préserver mais de propager l’influence et le rayonnement de notre si belle langue dans le monde.
Mes chers compatriotes,
Vous le savez, j’ai souhaité vous redonner toute votre place dans la Nation parce que quelle que soit la région du monde dans laquelle vous vous trouvez, vous êtes la Nation française.
La Nation n’est pas un territoire. La Nation française n’est pas figée dans l’espace. La Nation française, elle est partout où se trouvent des Français qui continuent à aimer profondément notre pays et à espérer en lui.
A l’étranger, vous êtes le visage de la Nation française et je veux vous dire ma fierté, quand lors de mes déplacements à l’étranger, j’entends nos partenaires internationaux louer le génie français : l’esprit d’entreprise, l’esprit de conquête, les compétences et l’ouverture d’esprit, que vous incarnez au quotidien partout dans le monde. Et je veux vous le dire, la France est fière de vous qui l’incarnez hors de ses frontières.
A l’étranger, vous êtes le visage de cette France forte que je veux bâtir.
Vous donner toute votre place dans la Nation, c’est vous assurer une représentation au sein du gouvernement par l’intermédiaire du Secrétaire d’Etat aux Français de l’Etranger.
Vous donner toute votre place dans la Nation, c’est vous assurer que l’on ne retirera pas la nationalité française à ceux d’entre vous qui ont une double nationalité.
Vous donner toute votre place dans la Nation, c’est encore vous permettre d’être représentés par 11 députés des Français de l’Etranger dès le mois de juin prochain et de faire entendre votre voix dans le débat national.
Vous donner votre place dans la Nation, c’est enfin valoriser votre expérience du monde et permettre à nos compatriotes de métropole de voir la France à travers votre regard extérieur.
Ce regard que vous portez sur notre pays, c’est un regard mêlé d’amour et d’exigence. Parce que vous aimez la France, vous êtes les meilleurs vecteurs de son rayonnement, de son influence, de sa force à l’étranger. Parce que vous êtes exigeants, vous voulez que notre pays reste cette grande puissance respectée et écoutée, une France ouverte sur le monde, qui n’a pas peur de l’avenir. Une France innovante qui embrasse le monde du 21e siècle. Une France compétitive et conquérante, capable de continuer à étonner le monde. C’est cette France forte que je veux construire avec vous.
C’est cette France forte que je veux laisser à nos enfants.
Pour cela, mes chers amis, j’ai besoin de vous, de votre soutien, de votre amour de notre pays.
Aidez-moi à bâtir cette France forte !
Avec toute ma fidélité et mon amitié,
Nicolas Sarkozy